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BOUNTY KILLER | 16 ans de carrière..

L’artiste de renommée internationale était de passage en France pour une tournée Européenne marquant la quinzième année de sa carrière. Nous l’avions rencontré...


Bounty killer pour vibz-mag
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VIBZ : Tu es né Rodney Basil Price. Comment de Rodney Basil Price es-tu devenu Bounty Hunter puis Bounty Killer ?

En effet, je suis né Rodney Basil Price. Mais ayant grandi dans le ghetto, j’ai dû me faire un nom. Dans ce monde-là, on a tous des petits noms. On m’appelait aussi Matlock à une époque car je prenais le dessus dans toutes les conversations, je voulais toujours être le gagnant. Plus tard, on m’a surnommé « Bounty Hunter ». Mais lorsque j’ai été DJ, je me suis rendu compte que je n’étais pas le seul du milieu à porter ce sobriquet. J’ai donc décidé de devenir « Bounty Killer » pour éviter toute confusion. Depuis, ce nom m’est resté.

VIBZ : A ce sujet, Bounty Killer a-t-il toujours pris le dessus sur Rodney Basil Price ou dirais-tu que les deux ne sont qu’une seule et même personne dans la vie et sur scène ?

Je dirai qu’il s’agit là de deux personnalités très différentes ! Rodney est le gentil petit garçon à sa mère et Bounty Killer est le fruit de ma propre création : quelqu’un de droit, qui ne fait pas n’importe quoi et qui a le « gangsta style ».

VIBZ : Tu as grandi dans un contexte très difficile en Jamaïque. Aujourd’hui, tu es un artiste incontournable de la scène dancehall et reggae. En d’autres termes, tu es parti de rien et es arrivé très loin. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la Jamaïque ?

Je suis né à Trenchtown ou j’ai en partie grandi, j’ai déménagé à Riverton City puis à Seaview Gardens, des quartiers pauvres ou la violence règne. Et je dois dire que je suis effectivement parti de rien pour ensuite connaître une ascension fulgurante. La Jamaïque grandit, sa population aussi mais pas son économie. Nous sommes partis d’une époque où nous n’avions pas même une cabine téléphonique dans le ghetto à celle d’aujourd’hui, où nous possédons tous un portable, ou nous avons accès à Internet ! Je pense que le pays évolue et a parcouru un long chemin, mais il faudrait que le pays avance à plus grands pas et dans la réussite.

VIBZ : Le succès international t’as souri en 1996 grâce à ton album “My Xperience”. Comment as-tu vécu et gérer ce succès soudain ?

J’ai fait une première percée aux USA avec cet album, qui comptait des featurings avec les Fugees, Busta Rhymes et le Wu Tan Clan. Ce fut une très belle expérience pour moi. J’ai été heureux de me rendre compte qu’à cette époque, des artistes Américains s’intéressaient à ce que je faisais. J’ai adoré travailler avec les Fugees, car avec eux, j’ai incarné la diversité, étant donné que Wyclef et Pras sont Haïtiens, Lauryn de L.A. et moi de Jamaïque. Nous étions tous très heureux de travailler ensemble. J’ai beaucoup aimé ma collaboration avec Busta Rhymes également qui m’a apporté cette « connexion » jamaïcaine, puisqu’il est né de parents Jamaïcains. Idem pour le Wu Tan Clan, dont je dirais que le mot d’ordre est « tous pour un, un pour tous ». Ce sont des gens formidables. C’était une belle expérience pour moi, et un succès !

VIBZ : Tes morceaux abordent des thèmes actuels très problématiques, ce qui t’a valu le surnom de “Poor people’s governor”, le gouverneur des pauvres. Te sens-tu proche de ceux qui souffrent ?

J’ai hérité de cet autre surnom car à mes débuts, je parlais presque exclusivement de la souffrance de ceux qui vivent dans les ghettos y compris de ma propre expérience. Le gouvernement se refusait à vois cette misère qui rongeait la Jamaïque, raison pour laquelle je me devais de le faire. Je me sens proche de ceux qui souffrent dans la mesure où je suis passé par là. Je souffre d’en voir d’autres souffrir car je considère que nous sommes tous égaux. Malheureusement, c’est aussi une souffrance de constater que les peuples du monde soient aussi désunis.

VIBZ : Tu abordes sans complexe les thèmes brûlants de la politique, de la violence ou encore de la justice. Tu incarnes la liberté d’expression au sens propre du terme ! Est-ce ta marque de fabrique ? Regrettes-tu que d’autres artistes n’aient pas ton audace ?

Non, j’aborde ces thèmes sans problème car ce sont des thématiques que nous côtoyons tous les jours en Jamaïque, la violence, l’injustice, la misère, sont le lot quotidien des Jamaïcains. Je dénonce fièrement ce qui me dérange dans ce pays. Je considère que la liberté d’expression est un droit et que chacun devrait pouvoir s’exprimer et défendre ses idées. Je dirais que ma marque de fabrique est ma bataille pour mon pays, mon peuple, et ceux qui souffrent, contre les oppresseurs et politiciens qui essayent de manipuler les peuples. Ma marque de fabrique, c’est celle du « Poor People’s Governor », le gladiateur du ghetto qui milite pour les droits des pauvres. Je n’ai aucun droit dans ce monde, je me bats juste pour ma propre liberté. Je regrette que d’autres artistes n’aient pas la même audace que moi. Il y en a peut-être qui aimeraient suivre la même voie que moi, j’en suis persuadé, mais peut-être qu’ils s’y sont pris trop tard. Une fois que le public a une image d’un artiste, il n’en démord pas. C’est pour cela que je n’ai jamais changé de ligne de conduite, je suis resté le même. L’univers musical implique soit un amour immédiat du public pour un artiste, soit un désintérêt total. On ne peut pas changer de cap en plein milieu d’une carrière au risque d’être confronté à un échec cuisant.

VIBZ : 2009 marque la 16e année de ta carrière. Tes textes, ton style et ta maîtrise vocale sont toujours aussi surprenants au fil des années. Quel est le secret de ce renouveau permanent et d’une telle longévité ? Es-tu fier de ta carrière ? En quelques mots, comment la définirais-tu ?

C’est vrai, je fête la 16e année de ma carrière et je dois avouer que je connais toujours pas le secret de cette longévité. Je me suis retrouvé avec cette voix, avec cette maîtrise vocale, j’essaie d’en tirer le meilleur, à travers du reggae et de la dancehall. Je crois que je dois remercier ma mère et le tout-puissant car je possède un bel organe vocal. Je pense que l’autre secret de ma longévité dans le milieu est que je suis moi-même. Je ne joue aucun rôle et tout ce qui transparaît dans ma musique n’est que le reflet de ma façon de penser et de voir le monde. Je n’agis pas en fonction de ce que l’on dira à mon propos ou de ce que va me rapporter de chanter telle ou telle chose. Il est facile pour moi de faire le métier que je fais, car je fais ce qui me correspond.

VIBZ : Après avoir parcouru un si long chemin, de quoi peut encore rêver Bounty Killer sur le plan artistique ?

Quand je jette un coup d’œil dans le rétroviseur, je vois que j’ai fait une belle et longue carrière qui a apporté tant de chose à d’autres et à moi-même. Ma carrière est un succès qui a bénéficié à la Jamaïque et à la musique. Je me vois comme un artiste qui a fait évoluer la dancehall en la ramenant à un autre niveau. J’éprouve une certaine fierté en disant cela. Je ne suis pas un rêveur. Je ne suis pas celui qui veut cela, ou qui désire ceci. J’ai 16 ans de carrière à mon actif, j’ai réalisé beaucoup de choses. Quoiqu’il advienne, je l’accepterai, car 16 ans dans le milieu, ce n’est pas donné à tout le monde, et c’est une grande récompense. J’espère juste continuer à faire ce que je fais, ce qui m’a toujours plus, à me maintenir, à aider les autres autant que je le pourrai, mais je n’ai pas vraiment d’objectifs, à part de continuer à faire plaisir à mes fans. Peut-être après mes 25 ans de carrière, je rangerai le micro.

VIBZ : Ton nouvel album “the deadly alliance” est sorti fin 2008. Peux-tu nous dire dans quel contexte il a été conçu ? À quoi se réfère le titre ?

Mon dernier album est un projet de « Alliance « qui regroupe un certain nombre d’artistes. C’est un album qui regroupe notre travail à tous, il n’y a pas de titre en solo. Mon autre projet en solo cette fois est « Extra Bullet »…

VIBZ : Quels messages véhicules-tu à travers cet album ? Les thèmes brûlant sont-ils toujours ta muse ?

En fait, il ne s’agit pas d’un album à messages, mais plutôt d’un album qui célèbre des collaborations. C’est un « gangsta album », un album hardcore. Il abordera toutes sortes de thèmes comme les gangters, l’herbe, les filles, la fête, l’injustice, l’indifférence politique, les batailles économiques. En gros, ça parlera d’affaires courantes, mais aucun de ces thèmes ne sera plus mis en avant qu’un autre. Ma muse ? C’est ce pour quoi je me bats, l’injustice, la souffrance, la misère. J’ai grandi dans le ghetto et la musique est venue me trouver, c’était ma voie. Lorsque je vivais dans le ghetto, pour m’en sortir, je fabriquais des figurines avec mon frère, ma mère travaillait dans la confection de vêtements. Nous sommes une famille de travailleur de mère en fils. J’étais un enfant inspiré par l’envie de rendre meilleure la vie de ma famille en les sortant de la misère.

VIBZ : Quels sont tes projets après cette tournée Européenne ?

Dès que je rentrerai, je me remettrai à travailler sur « Deadly Alliance » et mon projet en solo. Je commencerai aussi à organiser ma fête d’anniversaire, mes 36 ans en juin ! Eh oui, je vieillis !

VIBZ : Le mot de la fin ?

Je n’en ai pas vraiment. Je voudrais juste remercier mes fans !! Aimez-vous les uns les autres, faîtes du bien autour de vous. Beaucoup de respect et de remerciements pour tout le soutien que nous recevons de cette partie du monde. Les gens ont beau ne pas comprendre le créole ou l’anglais, mais ils chantent mes chansons. Je voulais juste dire aux Européens combien j’apprécie leur soutien, surtout lorsque certaines associations essayent de saboter mes concerts. Mes fans européens ne m’ont jamais abandonné, alors je leur dis un grand merci, les Jamaïcains vous aiment !!

- INTERVIEW : ANIA.M
- VIDEO : LIL-JO et ANIA.M

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